Le stockage par batteries se généralise sur les centrales photovoltaïques, et avec lui une question que les développeurs découvrent souvent tard dans le projet : comment loger plusieurs centaines de kilowattheures de batteries lithium-ion avec un niveau de risque incendie acceptable pour l’assureur, le SDIS et le voisinage ? La réponse se joue presque entièrement à la conception du local technique. La corriger après coup coûte cher, quand c’est encore possible.
En bref
- Le risque majeur d’un stockage de batteries lithium-ion est l’emballement thermique : il se propage de cellule en cellule et résiste aux moyens d’extinction classiques.
- Il n’existe pas de texte réglementaire unique pour le stockage stationnaire en France : SDIS et assureurs fixent l’essentiel des exigences, projet par projet.
- Un local coupe-feu REI 120 avec détection incendie et coupure d’urgence correspond aux demandes que nous voyons revenir le plus souvent chez les assureurs.
- La classe REI 120 d’un local se prouve par un procès-verbal d’essai ou de classement couvrant le système complet : parois, porte, toiture et traversées.
- Le test UL 9540A et le référentiel américain NFPA 855 servent de repères pour caractériser l’emballement et discuter des distances de sécurité.
Pourquoi le lithium-ion exige un traitement à part
Une cellule de batterie lithium-ion en défaut (choc, surcharge, court-circuit, défaut interne) peut partir en emballement thermique : sa température grimpe en quelques secondes, la chaleur s’emballe, elle relâche des gaz d’électrolyte inflammables et toxiques, puis elle enflamme ses voisines. C’est ce phénomène de propagation qui distingue les batteries au lithium d’à peu près tout ce qu’on stocke habituellement dans un local technique. Un feu de batteries lithium-ion se réalimente lui-même, peut reprendre des heures après une extinction apparente, et les gaz émis sont à la fois toxiques et explosifs en milieu confiné.
Conséquence pratique : les stratégies de sécurité incendie ne visent pas d’abord à éteindre, elles visent à contenir. Empêcher la propagation d’une batterie à l’autre, confiner l’incendie dans le local le temps de l’intervention, protéger ce qui entoure. Le bâti fait partie du dispositif de sécurité au même titre que le BMS.
Ce que demandent réellement SDIS et assureurs
Sur le terrain, les exigences arrivent par deux canaux. Le SDIS d’abord, consulté lors du permis de construire ou de la déclaration préalable. Il regarde l’accessibilité des engins, les distances aux tiers, la signalétique, la coupure d’urgence et la présence d’une réserve d’eau exploitable. L’assureur ensuite, souvent le plus exigeant, parce que c’est lui qui porte le risque financier. Les mesures qui reviennent projet après projet : séparation coupe-feu entre le stockage des batteries au lithium et le reste de l’installation, détection incendie reportée en télésurveillance, coupure générale accessible depuis l’extérieur, et éloignement des bâtiments voisins, dont la distance varie d’un SDIS et d’un assureur à l’autre.
Un point mérite d’être dit clairement : un container maritime reconditionné, sans caractéristique de résistance au feu, passe de plus en plus mal. Les assureurs qui ont indemnisé des incendies de batteries lithium-ion ont durci leurs conditions, et la question de l’enveloppe coupe-feu justifiée par un document d’essai arrive désormais tôt dans la consultation.
REI 120 : ce que ça veut dire concrètement
La classification européenne REI mesure trois choses pendant une durée donnée : R, la stabilité mécanique de la paroi ; E, son étanchéité aux flammes et aux gaz chauds ; I, son isolation thermique (la face non exposée reste en dessous des seuils de température). REI 120 signifie que l’élément testé tient ces trois critères pendant 120 minutes d’incendie normalisé. Ces deux heures donnent aux secours le temps d’organiser une intervention en sécurité et protègent ce qui se trouve de l’autre côté de la paroi.
Un classement REI vaut pour ce qui a été testé. Une paroi classée ne fait pas un local classé : la porte, la toiture, les traversées de câbles et les grilles de ventilation comptent autant que le voile béton. Demandez donc à votre fournisseur, nous compris, le procès-verbal d’essai ou de classement et son domaine d’application, et vérifiez qu’il couvre l’ensemble du local tel qu’il sera livré. C’est la question que posera l’assureur. Pour cet usage, notre shelter REI 120 coupe-feu repose sur une enveloppe béton préfabriquée, dont l’inertie thermique stabilise au passage la température intérieure, un vrai sujet pour la durée de vie des batteries au lithium.
Concevoir le local : les choix qui changent tout
Quatre décisions de conception concentrent l’essentiel de l’enjeu. L’implantation d’abord : positionner le stockage des batteries à distance des tiers et des autres équipements dès le plan masse ne coûte presque rien, le déplacer une fois les réseaux posés coûte beaucoup plus cher. La séparation des fonctions ensuite : onduleurs et batteries dans des volumes distincts, pour qu’un défaut électrique ne devienne pas un incendie de batteries. Notre container de stockage énergétique et notre shelter stockage compact sont conçus sur ce principe, et le local technique onduleur détaille la partie conversion.
Troisième décision, la gestion des gaz : une ventilation dimensionnée pour évacuer les gaz d’électrolyte évite l’accumulation d’une atmosphère explosive dans le local, premier facteur de risque d’explosion en cas d’incendie de batteries. Quatrième, la supervision : détection incendie multipoint, remontée des alarmes du BMS des batteries lithium et coupure d’urgence extérieure forment un ensemble cohérent, à spécifier ensemble et non en trois lots séparés. Un local préfabriqué qui intègre ces réservations en usine (chemins de câbles, trémies, supports de détection) économise l’essentiel du second œuvre sur site.
Prévenir le départ de feu : les causes qui reviennent
Avant de penser extinction, il faut réduire le risque d’incendie à la source. Les incendies de batteries lithium-ion démarrent presque toujours de la même façon : une surcharge que le BMS n’a pas interrompue, un court-circuit interne ou externe, une batterie endommagée par un choc de manutention, ou une température ambiante excessive qui accélère la dérive. Les batteries au lithium endommagées sont le cas le plus traître : le défaut peut couver des jours avant l’emballement thermique.
La prévention tient en quelques mesures concrètes : contrôler l’état de chaque batterie à la réception et après tout incident, la plupart des incendies partant de packs déjà fragilisés, respecter les plages de température et de charge du fabricant, surveiller en continu tensions, températures et niveaux de charge via le BMS pour prévenir toute surcharge, et maintenir la zone de stockage propre, ventilée, à distance de tout produit inflammable. Un local technique à température maîtrisée réduit à la fois le danger et le vieillissement des cellules.
L’évaluation des risques se fait batterie par batterie et local par local : quels risques d’incendie, quels risques d’explosion liés aux gaz, quelle chaleur dégagée en cas d’emballement, quelle charge calorifique totale. Cette analyse conditionne les mesures de protection : protection passive par l’enveloppe coupe-feu, protection active par la détection, et mesures d’exploitation (contrôle de la charge, surveillance de la température). Les incendies de batteries restent rares mais violents : on dimensionne sur le scénario majorant.
Que faire en cas d’incendie de batteries ?
Les incendies de batteries lithium ne se traitent pas comme des feux électriques classiques. La réponse tient en trois mots : évacuer, couper, refroidir. Un feu de batteries lithium dégage des gaz toxiques et inflammables ; l’évacuation de la zone et l’appel des pompiers passent avant toute tentative d’extinction, le danger principal étant l’inhalation. La coupure d’urgence isole ensuite le système électrique et supprime le risque de court-circuit alimenté. Reste la question des agents d’extinction : les extincteurs classiques stoppent difficilement un emballement engagé, et de grandes quantités d’eau restent le moyen le plus efficace d’évacuer la chaleur, de refroidir les cellules et de limiter la propagation. D’où l’exigence d’une réserve d’eau exploitable et d’une rétention pour les eaux d’extinction. Après le sinistre, les batteries endommagées partent en filière de recyclage spécialisée : une batterie qui a chauffé ne se réutilise jamais.
Les référentiels à connaître
Faute de texte français unique, trois références structurent les échanges avec assureurs et bureaux de contrôle. Le test UL 9540A caractérise le comportement d’un système batterie en emballement : c’est le document à demander à votre fournisseur de racks de batteries lithium-ion, il conditionne les distances internes. Le NFPA 855, référentiel américain d’installation des systèmes de stockage, sert de base de discussion sur les distances, les quantités par volume et la protection incendie. Enfin, la réglementation ICPE peut s’appliquer selon la nature et la puissance de l’installation : un point à vérifier tôt avec votre bureau d’études, car il conditionne le régime administratif du site. Pour un rappel des fondamentaux sur l’enveloppe elle-même, notre guide qu’est-ce qu’un shelter photovoltaïque pose les bases.
Questions fréquentes
Peut-on installer onduleurs et batteries dans le même local ?
Techniquement oui, mais la plupart des assureurs demandent une séparation, au minimum par une paroi coupe-feu. Un court-circuit d’onduleur est une cause classique de départ de feu ; le cloisonnement évite qu’il atteigne les cellules. Séparer les volumes dès la conception du shelter coûte peu et simplifie toutes les discussions qui suivent.
Quelle distance respecter entre le local batteries et les bâtiments voisins ?
Il n’y a pas de valeur réglementaire universelle en France. La distance se cale au cas par cas avec le SDIS et l’assureur, et elle peut se réduire si l’enveloppe est coupe-feu avec un classement justifié ou si un écran est interposé. C’est l’un des premiers points à traiter au stade du permis.
Faut-il un système d’extinction automatique ?
Cela dépend de l’assureur et de la taille du parc. L’extinction automatique lors d’incendies de batteries fait débat : elle refroidit et retarde, mais n’arrête pas un emballement engagé. Beaucoup de projets privilégient le confinement (enveloppe coupe-feu), la détection précoce et la coupure, avec une réserve d’eau pour l’intervention des secours.
Un container maritime aménagé peut-il convenir ?
De moins en moins. L’acier d’un container standard n’offre aucune résistance au feu qualifiée et se déforme rapidement. Sans procès-verbal de résistance au feu, l’enveloppe devient un point de blocage à l’assurance. Une enveloppe béton préfabriquée, dont le classement couvre le local complet, règle la question à la source.
Jérôme Arnais
Dirigeant d’ARMEL-ENR, fabricant breton de shelters et locaux techniques pour le photovoltaïque et le stockage. En savoir plus
Un projet de stockage à sécuriser ?
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